le géographe

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Ci-après, je cite Michel Onfray, philosophe, écrivain, créateur de l’Université populaire de Caen. J’utilise ses propos pour introduire mon blog car je pense qu’il exprime bien d’une manière poétique la pensée philosophique de la géographie.

Théorie du voyage

Poétique de la géographie

« Au commencement, bien avant tout geste, toute initiative et toute volonté délibérée de voyager, le corps travaille, à la manière des métaux sous la morsure du soleil. Dans l'évidence des éléments, il bouge, se dilate, se tend, se détend et modifie ses volumes. Toute généalogie se perd dans les eaux tièdes d'un liquide amniotique, ce bain stellaire primitif où scintillent les étoiles avec lesquelles, plus tard, se fabriquent des cartes du ciel, puis des topographies lumineuses où se pointe et repère l'étoile du berger — que mon père le premier m'apprit — parmi les constellations diverses. Le désir de voyage prend confusément sa source dans cette eau lustrale, tiède, il se nourrit bizarrement de cette nappe métaphysique et de cette ontologie germinative. On ne devient nomade impénitent qu'instruit dans sa chair aux heures du ventre maternel arrondi comme un globe, une mappemonde. Le reste développe un parchemin déjà écrit.

Plus tard, beaucoup plus tard, chacun se découvre étrangement nomade ou sédentaire, amateur de flux, de transports, de déplacements, ou passionné de statisme, d'immobilisme et de racines. Sans le savoir, certains obéissent à des tropismes impérieux, subissent les champs magnétiques hyperboréens ou septentrionaux, tombent côté levant, basculent versant ponant, se savent mortels, certes, mais s'expérimentent comme des fragments d'éternité destinés à se mouvoir sur une planète finie — ceux-là vivent de manière semblable l'énergie qui les travaille et celle qui anime le reste du monde ; tout aussi aveuglément, d'aucuns éprouvent le désir d'enracinement, ils connaissent les plaisirs du local et la méfiance à l'endroit du global. Les premiers aiment la route, longue et interminable, sinueuse et zigzagante, les seconds jouissent du terrier, sombre et profond, humide et mystérieux. Ces deux principes existent moins à l'état pur, à la manière d'archétypes, qu'en composantes indiscernables dans le détail de chaque individualité ».

 

Texte philosophique de Michel Onfray.